Il y a trois ans, Sébastien Castro montait son premier texte de théâtre, J’ai envie de toi. J’aimais beaucoup le comédien, mais devant le titre et l’affiche, j’avais quand même un doute. J’y suis allée en traînant un peu des pieds, j’en suis ressortie enchantée. Autant vous dire que j’ai sauté de joie en découvrant l’affiche d’Une idée géniale, et que j’y ai couru enchantée, en espérant ne pas sortir dans un état contraire… J’avais tellement confiance, j’avais tellement d’espoir, que j’avais convié toute la famille. Vous sentez mon enthousiasme et attendez la chute ? Il n’y en a aucune : la soirée fut au-delà de mes attentes.
Sébastien Castro est bluffant. Ecrire un texte pareil au deuxième coup seulement, c’est vraiment impressionnant. J’ai relu ma précédente critique en souriant. Les réserves que j’avais se sont toutes envolées. Dans le genre, ce spectacle est une perfection. Il manie les codes les plus classiques de la comédie avec le doigté des plus grands. C’est un Feydeau ultra moderne à qui on a ajouté une touche de folie. Parce que malgré le résumé, ce n’est pas avec un sosie qu’il a décidé de jouer, mais avec deux. Excusez du peu.
La grande réussite de ce spectacle, c’est la maîtrise absolue du comique de situation. Pas de triche, pas de faire-valoir, pas d’effet poudre aux yeux, juste un sens très aiguisé de la comédie. La situation est complètement jouée sur scène, sans aucune distanciation ni aucun jeu avec le public, sans non plus chercher à passer en force du côté des comédiens, juste dans un premier degré le plus total. Ça en paraît presque simple, dit comme ça, mais c’est probablement l’un des exercices les plus difficiles qui soit.
Evidemment, pour réussir le pari, il fallait une mise en scène au cordeau. Avec José Paul et Agnès Boury aux manettes, aucune place pour un quelconque flottement. Les portes claquent, les changements de costume sont parfois de l’ordre du transformisme, le plaisir de spectateur est total. La direction d’acteurs suit cette rigueur, avec une distribution de haute volée. Le dialogue entre José Paul et Sébastien Castro, qui ouvre le spectacle, est une leçon de théâtre ; ce sont deux styles comiques qui s’affrontent, et c’est un régal absolu. Sous ses airs naïfs, Laurence Porteil est une manipulatrice accomplie, transformant le léger agacement du spectateur constatant sa tentative d’adultère en une certaine forme de complicité lorsqu’elle décide de s’amuser de la situation. Agnès Boury, enfin, excelle dans ce personnage décalé qui semble jouer dans une autre pièce. On n’en voit pas souvent, des spectacles aussi réussis, alors si en plus on a plusieurs pièces en une, que demande le peuple ?