Je dois reconnaître qu’à la vue du sujet, j’étais déjà emballée. Le big data, la surveillance numérique, la fausse gratuité du net sont des sujets qui me passionnent. Et on est complètement là dedans. Big Mother a des airs de Cambridge Analytica. Il y est question de jeux d’influence, d’élections politiques, de conflits d’intérêts et, évidemment, de business de données. Mais c’est avant tout un thriller haletant, alors autant ne pas trop en dévoiler.
C’est un spectacle qui commence à toute allure. J’ai l’impression de commence par une pure banalité. Et pourtant ce début n’a rien de banal. Cette puissance n’a rien de de banal. Cette énergie-là, ce coup de fouet qui nous emporte à la seconde où le rideau s’ouvre, c’est quelque chose qu’on ne voit pas tous les jours. Il ne suffit pas de courir partout sur un plateau en hurlant pour insuffler de l’énergie à un spectacle. Il faut parvenir à nous faire croire que l’urgence est sur le plateau, à cet instant-là, pour éclipser tout le reste en un millième de seconde. Il faut que ce soit simple. Une simplicité à couper le souffle, voilà ce que nous propose Melody Mourey dans ce Big Mother.
L’équipe réunie sur le plateau est absolument fascinante. Ils ne relâcheront pas la pression d’un millibar durant tout le spectacle. C’est un spectacle en hypertension. Mais tout n’est pas non plus qu’une histoire de technique. C’est un spectacle sérieux et intense qui s’autorise des pas de côté avec beaucoup de style. Qui balance des punchlines comme des bombes. Qui multiplie les ambiances, qui soigne sa scénographie, qui met en valeur ses personnages secondaires. Bref, de l’ultra-généreux d’ultra-qualité. Qui se hisse directement sur le podium de mes recommandations pour les mois – voire les années – à venir. Bravo.