Pour qui est à l’aise avec l’idée de tirer sur tout ce qui bouge – le cancer, les juifs, le couple, les homosexuels, les moches, le viol – c’est un spectacle feel good. Oui, vue la tournure de la phrase, vous y êtes : il ne faut pas avoir peur de l’humour noir. C’est corrosif. Mais ce n’est jamais gratuit. En fait, c’est très bien fichu comme pièce : sur les punchlines, sur le choix des thèmes, sur le dynamisme des scènes, ça emprunte au format du sketch – toujours en duo, ce qui permet de se renvoyer de belles balles au rebond – mais ça reste construit comme un spectacle classique, avec un fil directeur et une histoire.
Cette construction particulière permet cette dualité très efficace pour le spectateur. Il y a un vrai plaisir à se faire balader, à suivre ces fils qui se mêlent, s’entremêlent et se démêlent d’une scène à l’autre, un plaisir lié à la narration, sur lequel viennent se superposer une atmosphère cringe et des punchlines aiguisées à souhait qui transforment l’essai à chaque fois. On pourrait s’attendre à quelque chose de très agité, voire d’explosif, mais pas du tout. Le rythme emprunte plus à la partie narrative qu’au sketch, ce qui permet aussi d’accentuer l’éclat de chaque bon mot.
Et l’ensemble du spectacle suit cette efficacité. La scénographie est minimaliste et pourtant très inventive. L’effet de surprise est lui aussi complètement bienvenue et parvient à mettre des étoiles dans les yeux avec peu de choses. L’enchaînement des scènes est toujours malin, pétillant ; lui aussi semble teinté de cette dose d’humour qui a comme infusé dans l’ensemble du spectacle. Résultat ? Sur scène, tout va mal. Mais dans le public, j’ai comme l’impression que tout va pour le mieux. C’est moche de rire du malheur des gens.