Est-ce qu’il existe quelque chose de plus lumineux que le visage de Anny Duperey lorsqu’elle sourit ? C’est la première pensée qui m’est venue lorsqu’elle est entrée en scène. Et c’est aussi la raison de ma présence dans la salle ce soir-là. Cet article va ressembler à une ode à Anny Duperey. Mea culpa d’avance à Charlène Duval, géniale Charlène Duval, pas du tout en reste Charlène Duval, dont je vais moins parler dans la suite non pas parce qu’elle est moins talentueuse que sa partenaire, non non non, mais bien parce que voilà, vous savez, quand vous êtes amoureux, vous ne voyez plus que l’être aimé, et moi, je pense que je suis un peu amoureuse de Anny Duperey. Cet article, c’est un peu ma déclaration d’amour à Anny Duperey. Voilà, c’est dit.
Je suis tombée amoureuse de Anny Duperey lorsque je l’ai découverte dans Colombe, il y a presque quinze ans. J’en avais à peine quinze moi-même. Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi elle m’avait fait tant d’effet. Je commence à peine à me l’expliquer. Parce que ce que fait Anny Duperey sur scène est absolument unique. Que je n’ai jamais vu ça nulle part ailleurs. Et que je ne suis pas sûre que quiconque pourra reproduire ça un jour. Et je ne parle même pas du niveau de jeu. On est autre part, avec Anny Duperey. C’est un truc qui se vit. Si j’essayais de vous raconter ce qu’elle fait avec ses mains, vous me prendriez pour une dingue. Je vous dirais que ses mains, ce sont des papillons qui dansent, vous me prendriez pour une dingue. Mais si vous voyiez ça de vous-même, vous comprendriez. Vous sauriez. Vous seriez ensorcelé par ses mains.
Le problème – ou plutôt le génie – c’est que tout chez Anny Duperey est comme ses mains. Tout est unique, tout est poésie, tout est finesse, tout est joie. Tout est vie démesurée de l’instant présent. Elle est divine. Elle est superbe. Elle est exquise. Elle est là pour s’amuser, Anny Duperey, et plus elle s’amuse, plus le bonheur envahit la salle. Elle provoque en moi ce même sentiment que l’éclat de rire franc, instinctif, libre – et presque inconscient de l’être – d’un enfant. Elle a quelque chose de l’enfance, Anny Duperey, c’est peut-être ça qui me touche le plus chez elle. Et évidemment que le café-concert lui va si bien. Évidemment qu’avec le grivois, elle a le matériau parfait pour s’amuser. Être témoin de ce regard pétillant digne d’une gamine qui dit une bêtise, c’est un bonheur absolu. L’entendre rire de la chute de ses chansons comme une enfant qui les découvre, c’est un bonheur absolu. Lire son bonheur d’être là, c’est un bonheur absolu.
Vous l’aurez compris, c’était une immense joie pour moi d’assister à ce spectacle, ce soir. Et même si je fais un peu ravie de la crèche, même si vous pouvez penser que les yeux de l’amour m’aveuglent, sachez que mes grandes dents, leurs quelques années de spectatorat et moi, on en a fait quelques unes, des soirées uniques. Et qu’on a été quelque peu soufflé par la qualité de celle-ci. Le risque avec les one shot, c’est l’approximation. Et on pardonne, on sait ce que c’est. Mais approximation n’est pas Anny Duperey. Alors disons-le. Ce spectacle est parfait. Intelligent. Travaillé avec la même rigueur qu’un premier rôle attendu. D’une générosité absolue, d’un bout à l’autre. Légèrement piquant par instant – juste ce qu’il faut. Le choix des chansons est complètement équilibré, entre découvertes et grands succès du répertoire. Des chansons qui ont tellement leur place sur un plateau de théâtre. Des chansons à texte, peut-être pas, mais à interprétation, des chansons qui se racontent, ça oui, absolument ! Anny Duperey et Charlène Duval les racontent avec brio, ce duo fonctionne à merveille, elle se complètent et se mettent en valeur l’une l’autre sans jamais se faire de l’ombre, et permettent au café-concert de la Belle Époque de se montrer sous ses plus beaux attraits. Et quels attraits !