
Point Nemo
Il n'y a pas un mot. Pourtant, on a l'impression qu'il se passe mille choses. Guidé par une partition hypnotique, ce spectacle nous entraîne dans une expérience où tout semble peu à peu nous échapper.
2026-09-29
20:00
L'équipe artistique
Mise en scène, scénographie Stef Aerts, Joé Agemans, Marie Vinck (FC Bergman)
Musique Drumming de Steve Reich
Costumes An D’Huys
Lumières Bart Van Merode
Dramaturgie Bart Van den Eynde
Avec Stef Aerts, Joé Agemans, Jonas Vermeulen, Marie Vinck
Synergy Vocals
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
En voilà un spectacle qui m'intriguait beaucoup ! Parce qu'il est sans parole, parce qu'il se base sur une partition particulièrement singulière, Drumming, de Steve Reich, oeuvre minimaliste qu'on pourrait décrire en un même battement répété pendant une heure, qui se décale d'un cheveu à chaque tour, et parce qu'enfin je voulais découvrir l'univers de FC Bergman, des Anversois qui montent des spectacles comme d'autres tournent des films, avec un budget décor à faire pâlir une production de blockbuster.
On ne va pas se mentir : quand on arrive devant une telle production, on se demande toujours si on va adhérer ou rester complètement imperméable. C'est donc plutôt une bonne surprise de mon côté ! Il faut bien le reconnaître : le décor est dingue. On arrive dans une espèce de Jardin d'Eden qui se transforme lentement et de manière incroyablement fluide. D'un même décor surgissent soudain de nombreuses situations : un détail fait jaillir une nouvelle image, une nouvelle compréhension de ce qui se déroule sous nos yeux. Et à chaque fois qu'un élément vient gripper cette belle harmonie, il détonne d'abord, on tique, puis on finit par s'habituer et l'intégrer pleinement. Toute ressemblance avec notre époque...
C'est beaucoup plus agréable et simple à suivre que ce que je pouvais imaginer. Plus envoûtant aussi. La transformation progressive du décor, et les percussions nous bercent dans cette espèce de défilement d'images, comme dans un kaléidoscope grandeur nature. On est devant une BD, ou quelque part dans le cinéma muet. On ne comprend pas tout, ce n'est pas grave : c'est beau.
Et même si on est invités à lâcher prise, je ne peux m'empêcher de voir dans l'évolution de ce qui se déroule sous mes yeux un argument franchement pessimiste. Tout se désagrège progressivement, nature comme espèce humaine. Le dernier tableau m'interroge beaucoup : sur scène, ne restent alors plus que des immenses rochers suspendus comme des pièces de viande chez un boucher, qui tournent dans une étrange danse des cailloux. Fossiles, fin d'expérimentation, fin du règne humain, je n'ai pas la réponse. Mais les images, elles, resteront.

.webp)










%20de%20l%27olympia.webp)

