J’étais un peu dubitatif en lisant le pitch de l’Injuste au Théâtre de la Renaissance : un méchant nazi est confronté par une jeune et gentille journaliste juive. Est-ce qu’on a vraiment envie, après une longue journée de travail morose, d’aller au travail voir un horrible personnage dire des choses horribles qui vont à coup sûr nous déprimer ? J’ai finalement bien fait d’y aller !
Dès le début on est dans l’ambiance. Grâce à des extraits vidéos des grands événements politiques de la deuxième moitié du XXème siècle, on comprend immédiatement que les propos sont complètement ancrés dans une réalité. Et puis l’incarnation du Mal a fait son entrée sur scène. L’imposant (de corps et de prestance) Jacques Weber interprète à la perfection l’une des pires espèces de l’humanité, l’ancien banquier d’Hitler. Il assume ses positions, justifie les horreurs de la guerre, héroïse l’ancien dirigeant nazi avec une conviction glaçante. On y croit. J’y ai cru. Cet homme m’a fait peur. Weber a réussi à retranscrire dans une grande justesse toute la complexité d’un homme trompé par lui-même.
Et puis débute la confrontation avec une jeune journaliste juive interprétée par Elodie Navarre. 1h15 d’un huis clos en temps réel où une jeune femme tente de comprendre l’imcompréhensible. Spoiler : elle n’y arrive pas. Mais la grande force de ce spectacle est qu’il nous permet, à nous public, de mieux comprendre les conflits d’aujourd’hui. En abordant la question de la terre et du peuple, la quête d’identité, la frustration qui mène à la vengeance, nous on comprend mieux le monde qui nous entoure et les positions de chacun. Non pas car la pièce est militante mais parce qu’elle confronte sans aucun artifice ou retenue les vérités de chacun.
Une interprétation de haut vol au service d’un texte précis et passionnant : j’ai été complètement cueilli par ce moment. C’est un duel tendu où l’on retient son souffle, sans jamais savoir où cela nous mène. On est abasourdi par tant d’inhumanité et happé par une telle cruauté. Mais comme dans tout face à face, il faut un.e gagnant.e. Et ça pourrait être plus complexe que prévu.
Auteurs Alexandre Amiel, Yaël Berdugo, Jean-Philippe Daguerre et Alexis Kebbas
Distribution Jacques Weber et Élodie Navarre
Metteur en scène Julien Sibre
Assistante mise en scène Valérie Alane
Décors Camille Duchemin
Accessoires Capucine Grou-Radenez
Costumes Vanessa Coquet
Lumières Jean-François Domingues
Musiques Jérôme Hédin